CQFD.
lundi 23 mai 2011
mardi 12 avril 2011
Mikio Naruse

Il y a quelques semaines, un ami, collectionneur de films japonais, me prête quelques dvds parmi lesquels "Le Repas" de Mikio Naruse.
Pressentant la puissance du film, je laisse passer 10 jours, le temps d'avoir devant moi une soirée calme où je sais que je vais pouvoir vraiment donner toute mon attention au film, sans être déconcentrée par autre chose. A raison.
Quel choc .....
Ce film est d'une finesse et d'une délicatesse étourdissantes.
Le réalisateur arrive à nous amener à une telle intimité des sentiments de ses personnages, eux-mêmes d'une telle banalité, que le contraste en est impressionnant.
Cette qualité de perception si sobre des sentiments, Mikio Naruse l'a comme très peu de réalisateurs l'ont. Le seul nom qui me vient à l'esprit est Jean Renoir. Alors bien sûr j'imagine la chance d'un réalisateur qui ne "réalise" pas ce qu'il fait et m'empresse d'acheter un autre de ses films, édité en Criterion, "When a woman ascends the stairs". Là je me rends compte qu'il ne s'agit pas de chance mais bien du génie de Naruse, qui a su caractériser, au moins dans ces deux films, le doute et la violence de la vie dans ce qu'ils ont de si envahissants et de si insaisissables.

Dans chacun de ces films, le sujet est finalement très simple et peu dramatique. L'incommunicabilité dans l'un, où la femme s'ennuie dans sa vie de couple alors même que son mari est amoureux d'elle mais qu'ils n'arrivent pas à réellement se croiser. Et la servitude dans l'autre, matérialisée à l'écran, au delà de l'histoire en elle-même, par un instant furtif qui précède, le soir, le moment où cette femme monte les escaliers pour aller travailler; une seconde évanescente où pourtant toute la violence du monde est dite ...
lundi 3 janvier 2011
Banksy's Exit Through The Gift Shop
Une exception cependant : le film de Banksy malheureusement traduit en français par "Faite le mur" (?!?).
Et bien évidemment Banksy :
Mais c'est aussi et surtout un film sur la manipulation.
jeudi 23 septembre 2010
Harris Savides
Harris Savides est le meilleur directeur photo contemporain.
Je me souviens avoir vu the Yards en 2000 de James Gray et être sortie absolument époustouflée par la photographie (j'aurais pu m'en rendre compte même avant avec le cultissime "The Game" de David Fincher avec Michael Douglas).
Cela a continué derrière avec Elephant de Gus van Sant puis Birth du brillantissime et malheureusement peu prolixe Jonathan Glazer.
Suivront Zodiac de David Fincher qui est un film d'une précision impressionnante et enfin American Ganster de Ridley Scott.
Il a fait le dernier Woody Allen et le dernier Sofia Coppola.
Voici quelques plans :



http://www.imdb.com/name/nm0767647/
mercredi 8 septembre 2010
Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
Ce n'est pas un film sur la religion. C'est plus que cela. C'est un film sur ce qui fait la beauté des hommes : leurs valeurs et leurs principes qu'ils peuvent placer au-delà d'eux-mêmes pour donner un sens à leur vie, pour donner un sens à la vie.
Je remarque dans ce film une photographie absolument exceptionnelle : je n'avais pas vu ça en France depuis bien longtemps. La directrice photo est Caroline Champetier (Villa Amalia, L'avocat de la terreur, ...).
Arrivera-t-elle à concurrencer mon directeur photo préféré depuis au moins 10 ans, j'ai nommé Harry Savides (Elephant, The Yards, Zodiac, Birth, American ganster, ....) ? Je ne le sais pas, mais en tout cas je n'avais jamais vu dans un film français une telle finesse des couleurs dont la non saturation et les nuances ainsi que la sobriété sont vraiment impressionnantes (les murs verts délavés, le bleu du monastère, les bruns et les verts des paysages, les visages des moines, certains noirs dans les scènes de nuit, etc ....).
Je pensais vraiment avoir affaire à une directrice photo assez jeune et avec une forme de courage dans la sobriété (un peu à la Harry Savides que l'on sent quand même énormément derrière sa photo même s'il travaille avec de grands réalisateurs).
En fait il s'agit d'une femme qui a déjà une très très longue expérience. On est donc en présence de quelqu'un qui a travaillé son art toute sa vie (je ne sais plus quel essayiste classait les artistes en deux catégories : ceux qui, jeunes, ont la fraicheur et l'inconscience d'une forme de génie et ceux qui perfectionnent leur art et atteignent leur apogée à la fin de leur vie).
Les acteurs sont touchants. Michael Lonsdale est magistral comme toujours. Je crois que cet homme pourrait réciter un annuaire face à une caméra et cela aurait un charme fou.
Une remarque très personnelle (je ne suis pas cinéaste) : j'aurais fini le film après la séquence des visages heureux puis tristes (après que Michael Lonsdale ait lancé la musique de son "ghettoblaster" monacal ...). Le film tient tout du long sur le fait que l'on connait la fin et j'aurais trouvé élégant de ne jamais aller jusqu'au dénouement fatal.
Xavier Beauvois lors de la projection, au delà de ses remarques sur le foot, le haschich marocain et Brice Hortefeux, m'a profondément touchée lors qu'il a parlé de sa rencontre avec le moine qui a survécu à cette affaire : il nous a dit qu'il y avait une telle bonté qui émanait de lui qu'il ressentait alors très fortement "qu'on sentait que cet homme avait réussi sa vie".
C'est cette humanité là que l'on veut dans les films.
On en a eu un peu dans Des hommes et des dieux.
lundi 6 septembre 2010
Poetry de Lee Chang-Dong

ce film est absolument magnifique.
Lee Chang-Dong nous décrit cette force indéfectible qui conduit certaines personnes à toujours aller vers le beau et le pur alors même qu'elles sont confrontées quotidiennement à l'extrême violence de la vie.
http://www.imdb.com/title/tt1287878/
lundi 26 juillet 2010
lundi 28 juin 2010
My blueberry nights

Magnifique livre édité chez XAVIER BARRAL EDITIONS et qui regroupe les photos de repérage de Wong Kar Wai et de son directeur photo pour le film du même nom.
Le contenu est aussi beau que le contenant (pertinente stratégie de l'éditeur qui commercialise des "objets" presque + que des livres, ce qui est le plus malin à faire à l'aube de l'ère du livre numérique).
A signaler une interview de Serge Toubiana.
Voici mes photos favorites (comme toujours celles que je préfère sont souvent en transparence, en reflets ou alors très rectilignes, voire même coupées au cadrage : tout ce que j'aime !!!!) :





http://www.exb.fr/
mercredi 9 décembre 2009
Louise Bourgeois (3)
... L'araignée, la maîtresse et la mandarine.
Formidable documentaire sur la toujours passionnante Louise Bourgeois.
Louise Bourgeois est quelqu'un d' exceptionnellement vivant.
J'ai souvent remarqué ce "feu" intérieur chez les gens qui vivaient très longtemps.
Pour illustrer ce propos et pour l'anecdote, elle a demandé au distributeur français du documentaire qui nous en a fait la présentation en avant-première, de photographier pour elle la première "audience" de son film en France !
J'aime aussi chez cette femme sa manière extrêmement directe de penser et de réagir aux choses : sans fioriture.
C'est une femme qui s'est débarrassée de toutes les superficialités de l'homme "social" pour aller à son essentiel à elle : l'art.
Le vrai, celui qui est sans égocentrisme, celui qui mêle comme elle le dit très bien les émotions et les idées - "both" souligne-t-elle.
Certains artistes sont toujours fascinants à écouter. Et elle fait partie de ce groupe car elle analyse elle-même énormément ses oeuvres, appendices de son corps où elle rejette pour les transformer ses émotions les plus profondes.
Reste encore au temps de laisser à la postérité que l'essentiel de Louise Bourgeois, et de passer sur des sujets sans intérêt comme son rôle dans le féminisme à New York dans les années 70 : on se fout éperdument que ce soit une femme ou un homme. On est bien au delà de ça. On est même au-dessus de la notion d'appartenance à un groupe, une école ou un mouvement artistique, c'est dire le niveau duquel on parle !!!
A noter que ce documentaire ne fait absolument pas double emploi avec celui de Camille Guichard sorti en 1993 ou 1994 et qui était passé sur Arte. Non seulement on peut voir les deux mais on peut encore plus prolonger avec un recueil d'entretiens de l'artiste : "Destruction du père-reconstruction du père : Ecrits et entretiens, 1923-2000".
Bravo à Pretty Pictures de distribuer d'aussi jolis films.
Mes précédents posts sur Louise Bourgeois :
Louise Bourgeois : The spider
Louise Bourgeois (2)
Ci-dessous, une sélection d'oeuvres de Louise Bourgeois qui me touchent.


http://www.youtube.com/user/MargeryNewman#p/u/2/JMdWNwOWnng
http://www.prettypictures.fr/n_catalogue_detail.php?id=93
lundi 30 novembre 2009
L'Etranger de Luchino Visconti
Je ne comprends pas.
Je ne comprends pas pourquoi on n'arrive plus, et ce depuis de très nombreuses années, à faire des films de ce calibre.
Il y a régulièrement de bons films sur les écrans, je ne veux pas dire que le cinéma est définitivement derrière nous. Encore récemment j'ai beaucoup aimé The Private Lives of Pippa Lee, je vais voir demain le nouveau Bruno Dumont qui sera sans doute très bien, j'ai parlé dans un post récent de mes favoris en 2009 : Un prophète bien sûr, mais aussi Tokyo Sonata ou encore Departures.
Tous ces films sont très bien ... mais on n'arrive pas au début du commencement de la cheville de L'Etranger de Visconti. On est juste pas dans la même catégorie ! Même le film de Haneke qui a eu la palme à Cannes : une violence absolue dans un formalisme totalement épuré. La recette est intéressante. Mais bon ....
J'ai une tradition très personnelle : étant excessivement cinéphile et ce depuis l'âge de 11/12 ans environ, j'ai toujours fait en sorte de ne pas voir tous les films de mes maîtres absolus en cinéma de sorte à en avoir toujours un à voir de temps en temps tout au long de ma vie.
Ainsi quand la cinémathèque fait une rétrospective de Luchino Visconti quand je suis encore adolescente, je ne vais pas tout voir pour "en garder un peu".
(à noter : cette règle ne marche que pour les très très grands : Visconti, Kubrick, Hitchcock, Renoir, etc ...)
Et je fais bien. Car cela me permet de "découvrir" en 2009 L'Etranger de Luchino Visconti avec Marcello Mastroianni et Anna Karina.
Visconti voulait replacer le livre d'Albert Camus dans un cadre historique et politique ce qu'il n'a pas été autorisé à faire et j'en suis contente car je trouve que les contigences politico-historiques auxquelles Visconti est attaché, en bon communiste mais aussi descendant d'une des très grandes familles de l'aristocratie italienne qu'il est, finalement réduisent toujours le propos philosophique de ses films (sauf bien sûr dans certains d'entre eux comme le Guépard où cela fait partie intégrante du scénario).
Le film met du temps à s'installer. La photographie n'est pas aussi époustouflante que dans d'autres Visconti (à part 2 ou 3 plans exceptionnels). La caméra bouge beaucoup, certains mouvements semblent même démodés. Quasi tout le film est post synchronisé, ce que j'ai toujours eu du mal à accepter dans un film, même chez les plus grands.
Ce film a beaucoup de défauts.
Mais quelle progression ! quel immersion ! et surtout quel propos ! d'une portée philosophique panoramique !!! Ce n'est pas une "petite" idée philosophique sur le sens de telle ou telle chose dans la vie. Non. C'est une vision de l'être humain qui regarde lucidement et simplement l'absurdité de la vie, qui ne peut donc ambitionner autre chose que ses plaisirs quotidiens (tenir une femme dans ses bras, s'étendre sur une plage au soleil, ...). La société ne peut accepter cette insoumission et cette légèreté. Elle va presser cet individu jusqu'à la moëlle. Jusqu'à ce qu'il n'arrive presque plus à penser "droit". Et le propos éclate dans les dernières minutes du film, comme un feu d'artifice.
Sur Visconti, un site que je consulte depuis des années :
http://emmanuel.denis.free.fr/visconti.html
mardi 29 septembre 2009
Frederic Wiseman
Quelle ne fut pas ma stupeur de voir en salles la bande annonce du prochain documentaire de Fred Wiseman sur le ballet de l'opéra de Paris : "La Danse: The Paris Opera Ballet" !
J'avais déjà parlé dans mon précédent blog (ici :
http://blogs.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.ListAll&friendId=48294651&page=5)
de ce réalisateur exceptionnel lors de la rétrospective qui lui était consacrée au centre Pompidou en 2006.
Je me rends compte aujourd'hui en allant sur le site de sa maison de production :
http://www.zipporah.com/
que ses films sont enfin disponibles en dvd ce qui n'était pas le cas à l'époque.
Vivement la sortie de ce film sur nos écrans français le 7 octobre prochain.
lundi 21 septembre 2009
Mes films préférés à l'affiche #1
par ordre de préférence :
Tokyo Sonata *****
Departures *****
Un prophète *****
L'Attaque du métro 123 ***
Whatever works ***
Julie et Julia **
Non ma fille, tu n'iras pas danser **
A deriva **
Les regrets **
vendredi 24 juillet 2009
Playtime de Jacques Tati
Je suis allée revoir ce film au cinéma il y a quelques jours.
Ce film est une chorégraphie.
Qu'est ce que je peux aimer cette délicatesse, cette poésie, tous ces petits détails (les reflets des monuments de Paris dans les portes, les affiches de l'agence de voyage, les marques de chaise dans le dos des clients qui se dirigent vers la piste de danse du nouveau restaurant, ...)
Et cette précision chirurgicale d'un plan à l'autre qui donne une telle fluidité au film !
Le tout premier plan des deux bonnes soeurs qui avancent dans la pénombre du couloir de l'aéroport est à couper le souffle.
Criterion va sortir le mois prochain une édition blu-ray.

A visiter absolument, le site officiel de Jacques Tati : "Tativille"
http://www.tativille.com/
mercredi 15 juillet 2009
The Thief of Bagdad
Ce matin je suis allée voir sur grand écran "Le voleur de Bagdad".
Il s'agit de la version produite par Alexandre Korda en 1940 avec à la réalisation, entre autres, Michael Powell.
J'avais un souvenir enchanteur de ce film que j'avais vu toute petite. J'avais gardé une image onirique de ce film, autant exotique et merveilleuse que floue et diffuse.
Ce film est impressionnant non pas pour l'histoire qui n'est rien d'autre qu'un conte de fée pour enfant, mais pour certaines images qui sont à couper le souffle.
Et puis j'adore ce genre de film, exotique à souhait, avec cette musique "hypnotique" qui vous lance dans l'aventure !
Imaginez vous que je suis arrivée et qu'il n'y avait absolument personne ni au guichet ni ailleurs. Ne voulant pas louper le début du film qui avait déjà commencé je me suis laissée guidée dans les couloirs en entendant cette musique "enchanteresse" (qu'il n'est pas souvent donné d'écouter) et me suis laissée attirée par elle : c'était magique ! (j'ai ensuite payé ma place en sortant du cinéma .....)
Les effets spéciaux sont impressionnants, notamment la scène dans la toile d'araignée.
C'est Walter Percy Day (qui avait aussi travaillé sur le Narcisse noir : plan de la vue en contre plongée du clocher dans la vallée) qui a désigné la scène d'escalade sur le grand bouddha (laquelle a dû inspiré Hitchcock quelques années plus tard pour North by Northwest quand Cary Grant escalade le mont Rushmore ....)

http://www.walterpercyday.org/filmeng.html
Enfin, la scène où la danseuse aux 6 bras tue d'un coup de poignard le père de la princesse. Son costume pourrait très facilement inspiré Nicolas Ghesquière chez Balenciaga .... :
Ce film existe (évidemment) en CRITERION.
A voir et à revoir donc.
http://www.imdb.com/title/tt0033152/
vendredi 3 juillet 2009
Whatever
J'ai beaucoup aimé voir le nouveau Woody Allen. L'acteur principal est très bon.
Certains dialogues, tout droit sorti de la tête de W.A., resteront dans les mémoires. Comme par exemple lorsqu'il parle de son premier mariage en expliquant que son ex-femme et lui, "on papers" ("sur le papier", "en théorie") étaient fait l'un pour l'autre, et que c'est justement ce qui n'allait pas selon lui car "life is not on papers".
Sur le moment j'ai trouvé cette phrase époustouflante.
Cependant je ne sais pas si j'aime autant les films de Woody Allen de ces dernières années. Il formule de plus en plus directement et sans fioriture ou symbolisme quelconque ses idées philosophiques sur le (non-) sens de la vie, etc .... dans la bouche de ses interprètes. Or ce que j'aimais particulièrement dans ses plus beaux films (Annie Hall, Manhattan , ....) c'était l'usage de certaines images pour imprimer plus directement que si elles étaient formulées explicitement, ses idées sur la vie dans l'esprit du spectateur.
Ainsi à la fin de Manhattan quand il énumère toutes ces merveilleuses choses dans la vie et cite entre autres : "Groucho Marx; Swedish movies; Sentimental Education by Flaubert; those incredible apples and pears by Cézanne; the crabs at Sam Wo's; and, of course, Tracy's face." je trouve que c'est tellement plus fin et même efficace que de faire dire à ses personnages ces espèces de tirades théoriques à n'en plus finir sur la violence de la vie, etc ....
A part ça on rit beaucoup.

mercredi 10 juin 2009
Departures
Dans la série des films japonais à voir, et après les récents Tokyo Sonata et Still Walking, voici le magnifique Departures, mon préféré des trois.
Rien de transcendant dans la photographie, la mise en scène ou le montage du film qui sont sobres.
Ce sont les thèmes abordés et les idées que le réalisateur Yojiro Takita exprime qui sont magnifiques : la vie qui nous choisit plutôt que l'inverse, l'amour à bien faire son métier - plus important que le métier lui-même, l'amour qui survit à l'histoire chaotique familiale, etc ....
Philosophiquement, Yojiro Takita balaye très large, ce n'est pas un film qui cherche à toucher sur un sujet précis mais une théorie de la vie sur tous ses plans.
A voir absolument.
http://www.departures-themovie.com
vendredi 29 mai 2009
Black Narcissus et Le Feu Follet
Hier et aujourd'hui je suis allée voir deux chefs d'oeuvre du cinéma sur grand écran au Champo et à la Filmothèque du quartier latin : Black Narcissus ("Le narcisse noir") de Michael Powell et Emeric Pressburger et Le Feu follet de Louis Malle.
Le Narcisse noir est sans doute le film qui pour moi a la plus belle photographie de tous les temps.
Les couleurs sont tout simplement somptueuses : elles ne saturent jamais et sont toujours dans des tons nuancés aussi bien les verts et les bleus du décor que la couleur chair des visages.
La grande intelligence dans ce film a été le parti pris de tout tourner en studio (on n'a donc jamais de décalage ou de manque de raccord) pour un film qui se passe dans les Himalayas.
A côté des plans époustouflants (les soeurs qui sonnent la cloche du couvent avec une vue plongeante dans la vallée - plan qui inspirera plus tard George Lucas pour Stars Wars), une idée que je trouve géniale : le monastère est "habité" par un vent très fort et permanent ce qui donne une très forte unité à l'ensemble. On est "pris" dans le décor.
Enfin, certains plans sont d'une modernité absolue.
Pour finir, les actrices, Deborah Kerr bien sûr ("sister Clodagh") mais aussi l'époustouflante Kathleen Byron qui joue le rôle de "sister Ruth" la soeur que les hauteurs de L'Himalaya rendent psychotique. Toute actrice qui se respecte devrait voir ce film ne serait- ce que pour cette interprétation exceptionnelle où on voit véritablement sur le visage de cette femme le diable prendre possession de son esprit.
Le Feu Follet.
rien à dire. exceptionnel à chaque fois que je le vois.
beaucoup de simplicité. Tout est juste dans ce film.
A noter : ces deux films sont évidemment disponibles chez Criterion. Black Narcissus est cependant à se procurer (seule exception que je ferais par rapport aux versions Criterion qui sont toujours les meilleures) aux éditions de l'Institut Lumière qui a ré-édité une très grande partie des films de Powell et Pressburger dans de magnifiques DVD.


lundi 6 avril 2009
Tokyo Sonata
"toi seul peut être ce que tu es" ....
Encore un chef d'oeuvre. Cela fait beaucoup pour une semaine moi qui n'avais pas mis les pieds au ciné depuis des lustres (j'ai l'impression que le dernier film que j'ai vraiment aimé voir au cinéma est Before the Devil Knows You're Dead avec Philip Seymour Hoffman (voir chronique sur mon ancien blog ici) mais ce n'est pas possible car ça remonte à octobre 2007 .....).
Après le Charlie Kaufman donc, voici le 2ème chef d'oeuvre de la semaine : Tokyo sonata de Kiyoshi Kurosawa (pas de rapport avec Akira).
D'abord le titre est magnifique.
Le film est simple, bien construit sans choses superflues (ce que n'arrivent déjà pas à faire 98% des cinéastes - j'ai encore vu un film d'Olivier Assayas l'autre jour à la télévision : aucune tension pour tenir le film malgré la présence un bon acteur : Charles Berling).
Kyoshi Kurosawa est au contraire d'une modestie presque excessive, même pas un effort pour bluffer ça et là le spectateur avec deux trois cadres "photographiques" : stricte minimalisme à la japonaise dans la forme. Sur le fond, il n'a qu'une seule idée qu'il souhaite exprimer dans ce film : de tout ce chaos qu'est la vie, le dégoût, l'usure ou la déception qu'elle entraîne inévitablement (professionnellement, sentimentalement, familialement, etc .....), parfois une fleur peut sortir de tout cela.
Le film se termine en apothéose sur un de mes morceaux de musique préféré et que j'ai écouté tellement de fois en me disant moi aussi que quelque fois le divin (?) en tout cas le "sur-humain" pouvait se produire chez l'homme : la merveilleuse partition pour piano "clair de lune" de Debussy.
Ce film est un chef d'oeuvre.

http://www.imdb.com/title/tt0938341/
vendredi 3 avril 2009
Synecdoche, New York de Charlie Kaufman
Chef d'oeuvre absolu.
Charlie Kaufman mais le doigt "dessus", sur la sensibilité de certains comme sur l'envie de "vie" des autres, sur la perpétuité du questionnement de l'homme (et parfois sur l'expression de ce questionnement dans l'art), sur le total parallèlisme de ce questionnement avec la vie (ils ne se rencontrent jamais sauf aux moments de la mort et de l'amour) : Charlie Kaufman fait un film magistral sur quelque chose d'indicible. C'est une expérience à la 2001 plus qu'un film objectivement racontable et qui aurait un sens.
Pourquoi ? parce que la vie elle-même (et pour lui la vie et la fiction s'entremêlent sans cesse) est d'abord une expérience et si on lui demande d'avoir un sens, comme on demanderait à ce film d'en avoir un avec une belle structure et un certain format, c'est justement à ce moment là que l'on passerait à côté du film ....
avec Philip Seymour Hoffman.
http://www.imdb.com/title/tt0383028/
dimanche 22 mars 2009
Revolutionary Road

Je suis allée voir (tardivement) ce film hier soir. Je n'aurai que deux mots : énorme claque.
Film d'une extraordinaire finesse sur le sens de nos petites vies.
Voici mes commentaires sur le film que je vous engage vivement à aller voir :
Premier étonnement : j'apprends que le scénario n'est pas du réalisateur (Sam Mendes également connu pour son mémorable American Beauty) ce qui est plutôt étonnant sur ce type de film assez intimiste et essentiellement philosophique. Le réalisateur non seulement parle à travers ses personnages du mal être des gens quand ils n'ont pas trouvé leur "vocation" sur cette terre mais en plus il y arrive ! il arrive à montrer le très léger malaise qu'il peut y avoir quand on a une vision (théorique) de sa vie et que l'on sent à peine que "quelque chose" ne va pas dans le schéma ....
Il a clairement un don avec les acteurs. On a beaucoup parlé de la performance de Kate Winslet dans ce film mais c'est surtout celle de Leonardo diCaprio qui est extraordinaire (alors qu'il ne m'a jamais impressionné chez Scorsese). Comme dans tout très bon film les seconds rôles brillent : Kathy Bates, Dylan Baker (Requiem for a dream, Happiness).
La photographie n'est pas renversante mais cela ajoute de la simplicité au film, ce qui ne peut que renforcer son propos.
Outre le fait que le titre soit déplorablement traduit par "Les noces rebelles", je n'aurais qu'une seule critique (attention pour moi le film est de très loin le meilleur que j'ai pu voir cette année, donc c'est vraiment histoire de dire que le film n'est pas la perfection faite "film" !): il manque de la fluidité, du naturel, d'une meilleure propension à immerger le spectateur dans le film. On n'est pas encore au niveau du "Feu Follet" de Louis Malle. Plusieurs fois dans le film on sent la construction, le travail derrière les scènes : le côté "film" nous revient à la figure. Il manque une distance et une légèreté à la chose faite, chose que l'on trouve souvent chez les jeunes cinéastes dont le génie est beaucoup plus inconscient que construit. Ou chez les génies absolus, Kubrick, Hitchcock, ... qui sont consciemment géniaux et qui sont donc à même de répéter la magie dans leurs films ....
PS : en cherchant l'adresse du site officiel du film je tombe sur ces deux extraits de critique :
Elle - Florence Ben Sadoun
(...) terriblement émouvant. Sam Mendes a réussi à filmer l'ennui de cette vie en grande banlieue de New York dans les années 50, et comment le mensonge s'insinue dans le couple.(...)
"comment le mensonge s'insinue dans le couple" ??? De quoi elle parle ???
Première - Mathieu Carratier
De la photo à la direction artistique en passant par la partition de Thomas Newman, tout le monde a compris que l'on pratiquait un cinéma qui vise très haut.
ouh - la - la !
Sur la photo, sur la musique (bien que très bien) et surtout sur la direction artistique, Sam Mendes a fait "ses devoirs" mais ce n'est certainement pas là que le film brille !
Ce n'est qu'un extrait. J'ose espérer que l'auteur se rattrape après, mais vu le style "envolée lyrique" de cette première phrase, cela ne me donne pas trop envie de lire la suite ....






